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 La colère des eaux... {with Morgan}

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Aelia
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MessageSujet: La colère des eaux... {with Morgan}   Lun 30 Avr - 17:24

...
Morgan ~ Aelia
" Nous sommes tous sur la même barque, promis au même naufrage et il n’y aura aucun survivant."
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Le monde autour de moi n’était que furie et colère. Tel un pantin désarticulé, j’essayai de m’accrocher à quelque chose, comme quand la main fébrile veut s’accrocher à la vie, mais les eaux cruelles me laissaient couler lentement, et toute résistance était inutile… Autour de moi n’était que remous, ma vision se troublait et je crus apercevoir une lumière, un reflet du soleil… Mais aucun espoir, la fin était inévitable. Lentement je m’abandonnai à la puissance de la mer, mon bras essayant vainement d’accrocher le salut, l’air. Mon souffle me manquait, mes doigts s’engourdissait, lentement mon cœur précipité ralentit…

La houle joyeuse caressait la coque dorée par intermittences et je laissais le vent malicieux faire voler mes cheveux. La mer interminable et calme ouvrait ses bras au bateau et les mouettes tournoyant autour du bateau n’avaient de cesse de pousser leurs longs cris stridents. Sur le pont, les matelots s’affairaient de toute part, jouant avec les cordes et obéissant aux aboiements du capitaine. Sur l’avant du bateau, un couple de noble se protégeait du soleil sous une ombrelle fine. J’avais quitté la terre ferme depuis trois jours et devait rencontrer un noble de l’autre côté du continent. Simple usage mais le Seigneur Eolithe n’avait pas pu venir en personne et je le représentais donc, il ne me restait que quelques jours de voyage sur la mer mais j’en profitais le plus possible. Le vent marin me procurait un immense plaisir et je comprenais aisément ces marins sentant toujours cet appel de la mer, invitant à la rejoindre dans son immensité et son mystère.

Le ciel se voilait et je poussai un soupir quand la première goutte tomba sur mon bras, il fallait rentrer dans nos appartements et cela ne m’enchantais guère. Je rentrai malgré moi et entrepris de passer le temps. Je m’assis sur mon simple lit et prit un volumineux ouvrages que je lus avec plaisir. Le temps se décomposa, je m’étais coupé du monde, plongé dans ce monde complexe de la hiérarchisation religieuse d’antan. Soudain une violente secousse me fit basculer sur le côté, de ma minuscule fenêtre, je vis que le temps s’était gâté et que la pluie tombait à flot. Moi qui avais le sommeil léger, j’allais passer un sommeil exécrable avec tous ces mouvements et vacarme de la pluie et du vent. Je fermais mon livre et alla me mettre une cape, les températures avaient descendu et mon pantalon de toile et ma chemise ne suffisait pas à me réchauffer. J’optai toujours pour ces tenues plus agréables pendant mes voyages et qui m’évitaient bien des ennuis. Je m’assis à ma table et prit une plume, je la taillai puis prit une large feuille jaunâtre. Il fallait que j’écrive à un ami et cela me permettrait de passer le temps. Soudain un autre mouvement brusque fit tanguer le bateau, une large tache d’encre apparut sur le papier. Je le froissai et allai voir la cause des nombreux bruits et cris en haut.

J’eus du mal à réaliser ce qui se passait devant moi, la mer si calme et si paisible s’était transformé en monstre destructeur et le ciel était noir d’orage, la pluie tombait à flot et un éclair zébra soudainement le ciel. Sur le pont, tout le monde criait et courait dans tous les sens, le grand mat tanguait dangereusement et à chaque mouvement, le bois criait. Le capitaine était introuvable et personne n’était là pour organiser le bateau et donner les ordres aux matelots. La tempête faisait rage et je demeurai interdite devant cette furie.

Alors le mât tomba. Aussi soudainement que je crûs avoir rêvé, le temps ralentit et un silence régna… Puis je revins à la réalité et entendis la longue plainte du bois se déchirant. Je courus aussi vite que je pus à l’avant du bateau pour éviter l’artimon, il se fracassa sur le pont à quelques mètres de moi. Je me cachai avec quelques matelots derrière des caisses, je n’arrivai pas à prendre conscience de la misère qui s’abattait sur nous. Devant mes yeux ahuris, l’eau commença à se répandre sur le pont, sombrant le bateau dans les vagues meurtrières. Je me levai, essayai de rejoindre le capitaine aperçu au bastingage quand soudain une puissante vague me fit basculer par-dessus bord. J'essayai de m'accrocher aux rampes mais ma main glissa lentement, j’entendis les cris incessants puis vint la chute. Le calme… le froid d’insinuant dans ma peau et l’eau se faufilant sur mes vêtements, tout ce bleu de colère et de rage…

La lumière disparaissait progressivement et après une dernière insurrection contre l’eau, mon corps abandonna, mes poumons avaient besoin d’air mais il était si loin, si loin… je sombrais dans l’inconscience.


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Morgan
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Mar 1 Mai - 9:39

Agrippée à la barre, luttant de toutes ses forces pour maintenir un semblant de cap malgré la furie qui se déchaînait autour de l'Albatros, Morgan affichait un sourire dément. C'était dans ces moments là qu'elle se sentait vraiment vivre. Il n'y avait rien de plus grisants que ces instants où chaque geste comptait, où la moindre erreur risquait d'être fatale, la lutte contre les éléments, véritable combat de volonté entre la Mer et les hommes qui la défiaient. Ces sensations que les rampants ne connaîtraient jamais, ne pourraient pas même imaginer si l'on venait à leur expliquer. C'était ça, le sel de la vie.

Son second vint la relever, et elle ne se fit pas prier pour lui laisser la place. D'une part, l'homme était une véritable armoire à glace, donc bien mieux placé qu'elle pour réaliser l'épreuve de force qui consistait à maintenir la barre immobile malgré la tourmente, d'autant qu'elle avait déjà fait sa part pendant un certain temps, et que ses muscles commençaient à fatiguer. Mais surtout, cela la libérait, lui laissant ainsi l'occasion d'aller vérifier que le reste du navire tenait le coup, et que chacun avait rempli son rôle.

Depuis que la tempête avait commencé à menacer, la Capitaine, a l'instar de tous ses matelots, s'était débarrassée de ses bottes, les pieds nus offrant une bien meilleur prise sur le bois mouillé. Ça ne la mettait pas à l'abri d'un dérapage imprévu, bien entendu, mais l'expérience parlait pour elle, et la jeune femme se déplaçait à une vitesse étonnante sur le vaisseau, son corps suivant instinctivement les mouvements de gîte pour lui assurer le meilleur équilibre possible. Elle était partout, hurlant pour couvrir le bruit des impéries, houspillant ici, encourageant là, s'assurant que chacun reste à son poste.

Difficile de juger combien de temps cela avait durer, des heures ou à peine quelques minutes, mais, aussi soudainement que la tempête avait commencée, tout se calma. C'était assez courant dans cette région, et c'était d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles elle était si redoutée. Nombreux étaient les navires coulés par la colère de la Mer, et l'Albatros ne devait sa survie qu'à son équipage, compétent et entraîné. Fort heureusement, ils n'étaient pas dans une zone de hauts-fonds lorsque les éléments s'étaient déchaînés, sans quoi le vaisseau aurait eu peu de chances de s'en sortir en aussi bon état. Le beaupré semblait avoir quelque peu souffert, mais en dehors de ça les vérifications minutieuses effectuées par les marins ne révélèrent rien d'inquiétant. Soudain, la voix de la vigie s'éleva, brisant le silence relatif.

- Un homme à la mer par bâbord avant !

Allons bon ! Morgan se précipita dans la direction indiquée. Est-ce qu'un de ses hommes serait passé par-dessus bord sans qu'elle s'en rende compte ? Ce ne serait pas impossible, mais tout de même étonnant : elle connaissait chacun d'eux, et n'avait remaqué aucun manquant. Elle n'eut pas besoin de lancer ses ordres pour que l'équipage fasse ce qu'il fallait pour récupérer le naufragé. Il ne s'agissait pas d'un des marins de l'Albatros. C'était une femme aux longs cheveux blonds, environ du même âge que la capitaine qui l'observait, intriguée. Inconsciente, mais vivante. Qu'est-ce qu'elle faisait donc dans les parages ? Elle fut confiée au médecin de bord avant que Morgan ne s'en désintéresse temporairement. Qui dit naufragé dit bateau, peut-être échoué. Il y a certains avantages aux tempêtes, du moins pour ceux qui parviennent à en réchapper.

Des ordres furent donnés pour se mettre à la recherche d'un éventuel navire dans les parages. Il ne fallut que peu de temps pour localiser un mât, flottant paisiblement sur la houle, puis d'autres morceaux de bois variés. Mais pas de bateau. Soit il avait réussi à repartir malgré les dégâts, ce qui serait bien étonnant, soit il avait complètement coulé, ce qui serait bien pénible. Morgan décida que ça valait le coup de vérifier la deuxième hypothèse. Les eaux n'étaient pas très profondes dans les environs, et s'il avait coulé, il serait peut-être possible de récupérer quelque chose quand même. Ils avaient du temps devant, et leur mystérieuse passagère ne se réveillerait probablement pas avant au moins un ou deux jours.
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Aelia
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Mer 2 Mai - 17:05


Je sombrais toujours plus profondément, l’eau m’assaillait, je voulus crier mais le liquide bleu envahit ma bouche et m’empêcha de pousser le moindre son. J’agitai les mains pour remonter…

Et me retrouvai dans une pièce baignant de lumière. Je clignotai des yeux pour m’habituer à la luminosité avant de me rendre compte de ce qui m’entourait. J’étais dans une pièce fais entièrement de bois, je me trouvais dans une couchette aux draps propres et à l’extrémité de la salle se trouvait un large bureau où s’amoncelaient des cartes, écrits, livre et instruments de navigation. Sûrement l’appartement du capitaine, je devais être dans un bâtiment de taille modeste, mon esprit eu de plus en plus de mal à comprendre ce qu’il se passait. Il essayait de rejoindre les deux bouts et selon tout logique, j’avais dû être secourue par un navire traversant lui aussi la tempête. Il y avait-il d’autres survivants ? Pourquoi moi et pas d’autres ? Tant de questions mais surtout une réalité : j’avais échappé de justesse à une fin tragique. Etant jeune, je n’avais jamais pris conscience de la brièveté que pouvaient être nos vies. La vie et la mort étaient si proches… Je soufflais pour faire le vide de toutes ses impressions et j’entrepris de me lever. Je grimaçai, une douleur fulgurante m’avait atteint à la jambe mais je fus rassurée en voyant le large bandage : quel que soit le degré de gravité de la blessure, elle avait été nettoyée et pansée, le reste suivrait. Je me levai avec lenteurs, serrant les dents pour ne pas poussai un gémissement de douleur. Ma main d’argent grinça sous la pression que j’exerçai, je voulais marcher mais mon corps m’imposa un véto et je restai immobile en mettant mon poids sur l’autre jambe.

Travaillant sur le bureau, un homme traçait des traits avec un compas et écrivait sur une feuille à côté. Je ne sus comment briser le silence, je toussotai pour faire présence et ma voix me parût étrangement faible quand je commençai à parler :

- J’ignore qui vous êtes mais je vous suis extrêmement reconnaissante de m’avoir sauvé la vie et j’ai une dette envers vous. Je vous remercie pour tous vos soins. Si je puis me permettre, je désirerais savoir s’il y a d’autres survivants.

Ignorant à qui j’avais à faire, je préférais être polie même si je n’étais pas complètement rassurée. Le bateau dans lequel je me trouvais en ce moment avait des années d’expériences derrière lui car il avait pu s’échapper d’une tempête rendue complexe à gérer du fait des bas-fonds environnants. Sa taille hypothétique me laissait aussi penser que ce n’était pas un bateau de commerce et je doutais qu’il soit un bateau de plaisance. La richesse du bois et des objets de la pièce rayaient de mon esprit l’hypothèse que ce soit un bateau de pêcheurs, il ne restait que quelques autres propositions et elles n’étaient pas des plus rassurantes. Je me rassurai en pensant que s’ils avaient des intentions mauvaises, ils ne m’auraient pas sauvé, à moins que je leur sois d’une quelconque utilité…

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Morgan
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Mer 2 Mai - 21:20

La pêche n'avait pas été très fructueuse. Ils avaient bien retrouvé l'endroit où le navire avait coulé, mais manifestement il était déjà en bien piteux état à ce moment là. S'il y avait eu une cargaison, elle était irrécupérable. Au moins depuis la tempête, le temps était au beau fixe, c'était déjà ça. Il n'y avait plus qu'à espérer que ça dure tant qu'ils seraient dans les parages. En revanche, les vivres commençaient à diminuer, et il était temps d'envisager la prochaine escale. C'était précisément pour ça que Morgan était plongée dans ses cartes, étudiant l'itinéraire le plus avantageux.

Concentrée, mais pas suffisamment absorbée pour ne pas remarquer le mouvement au coin de son champ de vision. D'un geste infime, machinal, elle libéra la mèche de cheveux retenue par son oreille droite, qui vint retomber devant son visage. Toutefois, elle ne fit rien d'autre pour montrer qu'elle avait remarqué le réveil de sa passagère. Certaines personnes savaient se montrer désagréables en se retrouvant dans une situation inconnue, même face à quelqu'un qui leur aurait sauvé la vie. Elle préférait donc laisser l'initiative à son invitée. Observant toujours le travail qu'elle n'avait pas encore abandonné, un léger sourire sarcastique se dessina en entendant les remerciements de la jeune femme.

- C'est assez imprudent, d'annoncer comme ça que vous avez une dette envers quelqu'un sans même savoir à qui vous avez à faire...

Elle reprit rapidement son sérieux, et daigna enfin lever les yeux vers son interlocutrice. La tête légèrement penchée, elle l'observait intensément, comme si elle la jaugeait. La plupart des gens se seraient d'abord inquiété de savoir où ils étaient, avant de penser aux autres. C'était pour le moins une réaction intéressante. Au bout de plusieurs secondes, la Péromère remua la tête de droite à gauche.

- Nous n'avons trouvé personne d'autre.

Son visage et sa voix étaient restés tout aussi neutres que pendant son observation. Pas réellement froids, simplement dénués d'émotion. Elle ne faisait même pas semblant d'être désolée. C'était une chose à laquelle elle était habituée, elle n'avait pas le temps de se lamenter sur la mort d'illustres inconnus. Tous les marins savent que la Mer est une maîtresse dangereuse... Après quelques instants, son visage s'anima légèrement, se faisant un peu plus sympathique.

- C'est déjà une chance qu'on ait pu vous repêcher à temps. Pendant un moment, le doc était pas sûr que vous vous réveilleriez. D'ailleurs à ce propos, vous feriez mieux de vous rasseoir. S'il apprend que vous vous êtes levée sans son avis, il serait fichu de vous botter les fesses pour vous apprendre à vous tenir tranquille. Et les miennes aussi, parce que je vous aurais laissé faire. Ce serait assez gênant...

Ce n'était pas tout à fait exact, bien entendu, aucun des membres de l'équipage n'aurait osé ne serait-ce que penser à lever la main sur leur capitaine. Mais il était vrai qu'elle en entendrait probablement parler pendant longtemps. Il prenait son rôle très à cœur, et il veillait sur ses patients avec une attention quasi excessive.

- Maintenant j'aimerais beaucoup savoir de qui j'ai eu le plaisir de sauver la vie.

Ce n'était pas vraiment une question, mais elle s'attendait manifestement à recevoir une réponse. Tout en parlant, la pirate avait ouvertement fixé la main mécanique de sa passagère, qu'elle avait déjà remarqué pendant que cette dernière était inconsciente. Ce n'était pas un dispositif banal, c'était le moins qu'on puisse dire. Rares étaient les personnes ayant les moyens de s'offrir un appareil de ce genre. Sans même tenir compte de la qualité et des finitions de celui-ci, qui démontraient sans équivoque une personne plus importante que ne pourraient laisser penser les vêtements qu'elle portait...
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Aelia
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Sam 5 Mai - 17:53


- C'est assez imprudent, d'annoncer comme ça que vous avez une dette envers quelqu'un sans même savoir à qui vous avez à faire...

Sarcasme naturel… Quand il se retourna, je pus enfin le voir entièrement, sa chevelure noire mangeait la partie gauche de son visage et seul un œil malicieux me scrutait. Loin de me décontenancée, je soutiens son regard paisiblement et attendit la réponse à la seconde partie de mon intervention : il y avait-il des survivants ?

- Nous n'avons trouvé personne d'autre.

La sentence tomba implacable sans la moindre émotion et je vacillai un moment. Je dus m’assoir, des milliers d’images défilant devant mes yeux… le couple enlacés à la tombée de la nuit, les matelots courant de toutes part, le jeune mousse au regard pétillant, le capitaine m’adressant une petit signe de la main, le cuisinier et ces succulentes soupes de poissons, … La mort était cruelle et impitoyable, son marché avec l’océan la rendait immensément riche. Je soufflais pour reprendre mes esprits, cet homme avait parlé avec un calme et une froideur qui laissait voir une parfaite maitrise de soi-même, il avait dû côtoyer la mer depuis des années. La mort d’inconnus ne devait plus le toucher, seul la mort d'un des membres de son équipage devait l’attrister même si une petite voix en moi me susurrait qu'il n’avait que faire des autres. Je balayai cette pensée, il avait des charges lourdes et devaient faire des choix, on ne peut pas juger sans connaître. Voilà un précepte que je m’étais toujours dicté.

- C'est déjà une chance qu'on ait pu vous repêcher à temps. Pendant un moment, le doc était pas sûr que vous vous réveilleriez. D'ailleurs à ce propos, vous feriez mieux de vous rasseoir. S'il apprend que vous vous êtes levée sans son avis, il serait fichu de vous botter les fesses pour vous apprendre à vous tenir tranquille. Et les miennes aussi, parce que je vous aurais laissé faire. Ce serait assez gênant...

Je le remerciai encore une fois d’un signe de tête puis souris à son discours, jamais personne ne m’avais « botter les fesses » mais il y a une première à tout. Le divertissement me dégrisa un moment de la tristesse de ce naufrage et je pris conscience à ce moment précis la chance incroyable qui m’avait sauvée. Pourtant ce bateau ne me rassurait pas, je n’arrivai pas à cerner cet homme, si froide et distrayante quelques instant après. Et un mystère planait autour de lui, quelque chose m'intriguait mais je n'arrivai pas à mettre de nom sur mon impression. Je vis son regard se portait sur ma main mécanique mais je ne dérobai pas le mécanisme de sa vue, il faisait partie intégrante de moi-même, c’était mon passé et aussi funeste soit-il, je le préserverai toujours.

- Maintenant j'aimerais beaucoup savoir de qui j'ai eu le plaisir de sauver la vie.


La question tant redoutée fit tourner mes méninges à une vitesse incroyable, si je lui disais mon identité, il y avait des risques de prise d’otage contre forte somme d’or ou si elle était Rebelle… le plus grave pouvait arriver. Au contraire mon rang pouvait me préserver et être mon assurance d’être à bon port. Je ne doutai pas que ces convictions étaient tournées vers sa survie et celle de son équipage. J’hésitai toujours sur le choix à prendre puis décidée déclara d’une voix neutre :

- Ces malheureux n’ont pas mérité leur funeste sort mais la mer est impitoyable. Quant à moi, je me nomme Aelia Lysato et mon voyage devait m’amener de l’autre côté du continent. Il est vrai que j’ignore qui vous êtes mais votre nom ne m’est guère utile. Un nom ne signifie rien. Quelques lettres tout au plus.

J’avais parlé avec franchise et avais réduit mon identité à sa plus simple expression, j’étais Aelia Lysato, ma profession et rang n’était que accessoires même si je savais que la question portée surtout sur ceux-ci. Je me rassis pour ménager ma jambe puis leva la tête et continua :

- Je ne suis malheureusement pas en état physique pour vous être d’une quelconque aide, mon désir est de quitter cette furie dévastatrice qu’est cette mer et de retourner à la terre ferme. Je comprends les complications que cela induit et en suis navrée. Je ne voudrais surtout pas vous imposer quelque choix, libre à vous.

Mon regard se porta ensuite vers la petite bibliothèque comportant quelques ouvrages jaunis, je souris en les désignant du regard :

- Vous devriez les surveiller, il se peut que je m’en empare pour les dévaster et absorber tous leurs savoirs.


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Morgan
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Lun 7 Mai - 18:43

- Ces malheureux n’ont pas mérité leur funeste sort mais la mer est impitoyable. Quant à moi, je me nomme Aelia Lysato et mon voyage devait m’amener de l’autre côté du continent. Il est vrai que j’ignore qui vous êtes mais votre nom ne m’est guère utile. Un nom ne signifie rien. Quelques lettres tout au plus.

L'hésitation qui avait précédé la réponse laissait penser à Morgan qu'elle avait probablement visé juste en supposant que son invitée surprise n'était pas la première pécore venue, même si cette dernière s'abstint sagement de préciser davantage son hypothétique position. Preuve, si besoin en était, que la confiance ne régnait pas exactement dans la cabine. Ce qui était compréhensible et, pour tout dire, réciproque. D'ailleurs, la pirate considérait qu'il aurait fallu être bien idiot pour faire confiance d'entrée de jeu au premier inconnu venu sous le prétexte inepte qu'il venait de vous sauver la vie. Au moins sa passagère n'avait-elle pas tenté de tirer avantage de sa position supposée, ce qui était déjà bien un bon point. Elle aurait eu une drôle de surprise si elle s'y était risquée...

- Je suis assez d'accord avec vous...

Elle n'avait pas pu résister au ton narquois, juste histoire de souligner que son nom n'était pas vraiment la question, et qu'elle avait bien remarqué qu'elle l'avait esquivée. Libre à elle de relever ou non. La vérité, qu'elle ne montrait pas, c'était que Morgan s'en fichait. Aelia aurait aussi bien pu être la fille de l'Empereur que ça n'aurait rien changé pour elle. Les prises d'otages et les demandes de rançon, ce n'était pas son truc. Au mieux, elle se disait qu'elle aurait peut-être droit à une récompense intéressante... On s'en doute, ça n'avait rien avoir avec une quelconque bonté d'âme. Tout simplement, elle connaissait assez de brigans téméraires qui s'étaient risqués dans ce genre de combines, dont pas mal qui avaient mal finis. Et puis ça demandait des négociations, de la préparation, des plans bien ficelés... Tout simplement, c'était trop compliqué et trop risqué pour elle au regard de ce qu'elle avait à y gagner. Sa passagère n'avait donc pas grand chose à craindre, mais bien sûr elle ne prit pas la peine de le lui faire savoir.

- On est au milieu de nulle part, et l'escale la plus proche est une poignée d'îles plus ou moins désertes. Alors à moins que vous n'ayez envie qu'on vous lâche seule au milieu des bêtes sauvages, il va falloir attendre un peu avant de "quitter cette furie dévastatrice". Le mépris qu'elle avait pour l'expression qu'elle venait de citer était assez ostensible dans sa voix, et elle ne tentait d'ailleurs pas de l'atténuer. Mais il ne dura pas, et elle reprit sur un ton plus amusé, bien qu'un peu sceptique. Mais vous avez tort, vous pouvez parfaitement vous rendre utile dans votre état. Du moins si vous le voulez. Je suis sure que vous savez éplucher les patates, par exemple. Ou, à défaut, qu'on pourrait vous apprendre assez rapidement.

L'air sceptique, c'était parce que si Aelia était une noble, ou affiliée à la noblesse d'une façon ou d'une autre, comme Morgan le soupçonnait, il lui semblait peu probable qu'elle soit très enthousiaste à l'idée de ce genre de corvée. Mais après tout c'était elle qui avait parlé d'aider. Et puis elle ne se figurait tout de même pas qu'elle allait se faire transporter gratuitement à bon port, tout de même ? D'ailleurs, en parlant de bon port...

- Vous alliez où exactement, au fait ? J'étais en train de réfléchir à notre prochaine étape, justement. J'irais pas jusqu'à faire un détour pour vos beaux yeux, mais puisque rien n'est fixé, peut-être qu'on pourrait au moins vous rapprocher.

Un sourire franchement amusé finit par se dessiner sur le visage de la pirate, le radoucissant considérablement, quand la jeune femme s'intéressa aux quelques livres trônant sur les étagères de la cabine.

- Ça, je sais pas si ils vous passionneraient... Traités de navigation, atlas, archives, compilations de cartes... Pas grand chose à lire, et encore moins à apprendre, à moins de vouloir entrer dans un équipage, ou d'apprendre par cœur la géographie des côtes.

Finalement, elle avait l'air pas si mal, la naufragée. Pas pimbêche, pas idiote, et apparemment pas du genre futile à s'intéresser qu'aux froufrous et aux derniers maquillages à la mode. Peut-être bien qu'elle arriver à rester supportable jusqu'à ce qu'elle soit débarquée. Avec un peu de chance.
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Aelia
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Ven 11 Mai - 19:54


- On est au milieu de nulle part, et l'escale la plus proche est une poignée d'îles plus ou moins désertes. Alors à moins que vous n'ayez envie qu'on vous lâche seule au milieu des bêtes sauvages, il va falloir attendre un peu avant de "quitter cette furie dévastatrice". Mais vous avez tort, vous pouvez parfaitement vous rendre utile dans votre état. Du moins si vous le voulez. Je suis sure que vous savez éplucher les patates, par exemple. Ou, à défaut, qu'on pourrait vous apprendre assez rapidement.

Moi qui espérait me trouver proche des côtes, le sort s'acharner sur moi... Il fallait faire avec... Éplucher. Je souris à cette pensée, j’avais eu beau accéder aux sphères importantes du pays, je n’en avais pas moins été une enfant curieuse et passionnée et j’aimais particulièrement me baladais dans les cuisines. J’admirai les cuisiniers dansants de feu en feu, ou le pâtissier sculptant ses œuvres de sucres, toujours fourrée dans leurs pattes, ils m’avaient trouvé une occupation. J’épluchais donc les légumes et les nettoyais ensuite, chaque matin j’entrai en courant dans les cuisines et mettais mon tablier fait sur-mesure par une cuisinière. Mais quand le Seigneur Eolithe avait appris où je passais mes journées, il m’avait réprimé avec rigueur. Je n’étais retourné en cuisine qu’en de courtes escapades dès lors. Malheureusement ma main mécanique avait quelques difficulté à tenir des objets mouillés et sphériques et les pommes de terres en faisaient parties.

- Je crains malheureusement de n’être guère efficace, ma main mécanique n’a pas été conçue pour ce genre de tâche et elle m’est trop précieuse pour que je l’abîme en épluchant. J’aimerais, si cela est possible, l’entourer d’un tissu pour lui éviter des rayures et problèmes mécanique : l’eau salée ne lui a pas été bénéfique.

Je levai la tête et observai ma main, elle avait noircit sous le fait de l’oxydation de l’argent et les rouages avaient du mal à se plier. Je fis jouer mes phalanges de métal pour me réapproprier des sensations avant bouger le poignet.

- Vous alliez où exactement, au fait ? J'étais en train de réfléchir à notre prochaine étape, justement. J'irais pas jusqu'à faire un détour pour vos beaux yeux, mais puisque rien n'est fixé, peut-être qu'on pourrait au moins vous rapprocher.

Je fis un signe de tête pour la remercier de l’intention –au moins ne voulait-il pas me mettre aux fers et aucune prise d’otage était en vue- son seul intérêt serait celui de se débarrasser le plus rapidement possible de ma présence. Il en était de même pour moi, rester sur un bateau pirate – ou du moins ce que mes observations affirmaient- ne me plaisait pas particulièrement. Et je ne perdais pas de vue que j’avais une mission à remplir et la retarder pourrait avoir des incidents sur les relations entre les deux nobles.

- J’allais au Nord du désert de Takamakaen, il suffira de me déposer sur le continent, je trouverais un moyen de parvenir jusqu’à mon but même si je dois y aller à pied. Si vous ne pouvez pas faire ce détour, une escale à Altaïr ou dans les environs me ramènerait près de l’endroit où je réside. Même si je dois avouer que cela compromettrai les plans.

Il mettait en fait complètement égal où je serais déposé, seulement si cela se rapprochait de ma mission ou du château du Seigneur Eolithe, cela me ferait gagner un temps précieux. J’eus un fin sourire quand il m’exposa le contenu de ces ouvrages, des ouvrages utiles, rien de futiles ou superflus. Mais les ouvrages géographique m’avait toujours passionnée, surtout depuis que je connaissait Glenn, un géographe pouvant se repérer dans n’importe quelle zone d’Elysphère. Mais plus que le savoir en lui-même, j’aimais toucher le papier froissé et jaunis et voir ses immenses dessins représentant terres et mers ainsi que cette calligraphie penchée légendant la carte.

- J’ai toujours aimé feuilleter et contempler les atlas, voir tout ce monde immense dessiné en quelques coups de crayons et imaginer quels terres nous sont encore inconnues …

Je me levai ensuite péniblement, ignorant son regard et me dirigeai vers le bureau. Une large carte y avait été placée et de nombreux instruments de navigation jonchés le bois. Je caressai le bord du papier puis observai attentivement le document. Il était d'une précision incroyables et y étaient même retranscris les grands courants et passes difficiles.

- Puis-je savoir où se situe le bateau ?

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Morgan
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Jeu 17 Mai - 17:22

À la surprise – et à la satisfaction – de Morgan, Aelia ne semblait pas vraiment réfractaire à la corvée de patates. Au contraire, cette pensée lui tira même un sourire. Tant mieux, se dit la pirate. Elle n'avait vraiment aucune envie d'entendre les récriminations d'une donzelle inapte et trop gâtée. Elle était donc plutôt satisfaite de s'éviter cette scène, et de constater que sa passagère ne semblait pas du genre à poser problèmes. Elle en était même si contente qu'elle alla jusqu'à prendre en compte les réclamations de la naufragée concernant sa main mécanique. Qui n'étaient, après tout, pas totalement déraisonnables. Pour une fois, elle pouvait bien se montrer compréhensive. Tant que la Dame n'allait pas s'imaginer que ça signifiait qu'on céderait à tous ses caprices. La capitaine hocha légèrement la tête tout en répondant d'un ton laissant entendre qu'il ne s'agissait là que de formalités.

- Vous trouver un tissu ne devrait pas poser problème. De même qu'une occupation qui ne risquera pas d'abîmer votre main. Ne vous en faites pas pour ça. On a aussi un mécanicien attitré à bord, vous pourrez toujours lui demander s'il a du temps à vous consacrer, si vous voulez. Tant que ça ne l'empêche pas de faire le travail pour lequel il est payé.

Il n'était pas dit qu'il accepte, l'homme étant du genre bourru et guère sociable. Mais il était passionné par son métier, et cette mécanique peu commune pourrait bien éveiller son intérêt. De toute manière, ça ne concernait pas Morgan. Elle le payait pour veiller au bon fonctionnement du navire, et surtout des instruments de bord, dont il avait lui-même fabriqué certains, et ce qu'il faisait du reste de son temps ne la regardait pas. Elle n'avait pas l'intention d'influer sa décision sur le sujet, dans un sens ou dans l'autre.

Quand la discussion en vint à la possible prochaine destination de l'Albatros, la pirate s'absorba à nouveau dans la contemplation de la carte étendue devant elle, en pleine réflexion. Le désert du Taklamakaen... Pourquoi pas. C'était largement à portée. Il y avait souvent des affaires intéressantes à faire avec les nomades. Et puis ça faisait un moment qu'elle n'avait pas fait escale dans le coin. Ça lui permettrait de renouer des contacts, peut-être en établir de nouveaux. Et au passage veiller à ce que devenaient les membres de la "Confrérie" devenaient dans la région. Car bien sûr, là où il y a un port, il y a des pirates...

Sa réponse attendra, la conversation dévie à nouveau lorsque le regard d'Aelia tombe sur les quelques livres éparpillés sur les étagères. Morgan n'a jamais été une grande adepte de la lecture, il lui a toujours paru difficile de se concentrer sur ces petits caractères obscurs censés vous apprendre quelque chose, ou vous raconter une histoire. Elle a toujours appris plus facilement en écoutant qu'en lisant, et aller courir dehors ou, encore mieux, monter à bord d'un navire, lui ont toujours semblé plus intéressant que de s'user les yeux sur un morceau de parchemin. Pourtant, un sourire léger se dessine sur les lèvres de la pirate à la dernière remarque de sa passagère. L'attrait de l'inconnu, l'envie de découvrir le monde, ça, elle pouvait comprendre.

Elle ne fit aucun commentaire quand la jeune femme se leva à nouveau. Si elle voulait passer outre les recommandations du médecin de bord au lieu de veiller à sa blessure, ça ne regardait qu'elle. Elle la laissa s'approcher, contempler d'un air attentif la carte qui ornait le bureau, puis répondit en posant sans hésitation son ongle sur un point imaginaire, au cœur de l'océan.

- Nous sommes ici. D'après ce que vous me dites, je pense que le capitaine du vaisseau sur lequel vous étiez voulait prendre cette route. Vous en aviez encore pour quelques jours de voyage à mon avis. Elle illustrait ses propos en bougeant son doigt sur la carte. Mais la tempête a dû vous faire dévier par ici. Comme vous le voyez, il y a un courant assez fort dans cette direction, je pense qu'il vous a joliement éloigné de votre itinéraire de départ. Elle marqua une pause avant de reprendre, déplaçant à nouveau ses mains sur le vélin. Il y a plusieurs ports, notamment ici, ici et là, où on pourrait vous déposer. Ça dépend de l'endroit exact où vous voulez aller. Comme je vous ai dit, vous avez sans doute pas mal dérivé. Il faudra au moins quatre jours pour arriver au plus proche, si tout va bien. Pour le plus éloigné, je pense qu'il faut compter au moins une semaine. À vous de voir ce qui vous arrange le plus.

Elle avait parlé d'un ton tout professionnel. Son autorité de Capitaine lui était revenue naturellement à la voix, de même que, moins sensible, en arrière-plan, la passion qui couvait toujours en elle quand il s'agissait de naviguer.


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Aelia
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MessageSujet: Re: La colère des eaux... {with Morgan}   Mar 22 Mai - 16:59


Je m'essuyai le front du revers de la manche tandis que le soleil me brûlait lentement le cou. J'observai avec dépit ma main couverte de cloques et gerçures. Voilà une semaine que je frottai le pont avec un torchon humide pour rendre au bateau sa jeunesse et son éclat d'antan. J'avais malheureusement sous-estimé la taille du bâtiment et le bateau s'était révélé interminable quand il s'agissait de le nettoyer. J'avais donc échappé aux corvées d'épluches pour le cirage. Je me baladai sur le pont avec mon petit seau rouillé et mes linges noir de saleté, essayant de gêner le moins possible les matelots qui s'affairaient. Moi d'ordinaire si bavarde, je demeurais muette pendant le voyage, seules mes brèves discussions avec le capitaine rompaient la monotonie même si la personnalité de ce chef m'intriguait toujours. Heureusement le labeur était terminée et j'avais pu enfin enlever les trois épaisseurs de tissus entourant ma main mécanique. Je n'avais qu'à déplorer quelques rayures et une légère difficulté à bouger les articulations, cela dut à l'immobilité que j'avais infligé à mon membre.

Désormais, le capitaine m'avait assigné à la restauration de certaines parties en bois du navire, enfin restauration était un bien grand mot, je ponçais le bois et le recouvrait d'une couche de peinture protectrice. J'exécutai le travail avec application et éprouvait un réel plaisir à peindre le bois, danser avec le pinceau et redonner au bois terni un éclat doux.

Le soleil brûlait dans le ciel et nous nous rapprochions chaque jour un peu plus de la terre qui demeurait jusqu'à lors invisible. Je rejoignis la seule cabine du bateau : celle du capitaine qui me l'avait poliment attribué et je m'en réjouissais. Je n'avais guère confiance en des hommes n'ayant pas vu de femmes depuis des semaines... Je trouvai sur le bureau où le capitaine s'affairait la plupart du temps, un flacon pourpre. Le médecin de bord me faisant parvenir un cicatrisant tous les deux jours, je l'appliquai consciencieusement. Ma jambe était presque guérie même si pour laver le pont, j'avais du porter un large bandage pour éviter que le plaie ne s'empira. Je relus rapidement les textes que j'avais écris la veille, j'avais réussi à me procurer du papier et y noter toutes mes découvertes. J'avais rencontrer un matelot particulièrement bavard qui, pendant les pauses ou quand le capitaine avait le dos tourné, me dispensait des cours de navigation et me racontait les légendes des marins. Je posai les papiers jaunis et me dépêchai de retourner à mon travail : j'appliquai ensuite la deuxième couche de vernis tandis que j'admirai la mer infinie et le reflet du soleil sur les vagues.

Mes yeux devinrent lourds ... je ne dormais que très peu, les visages des morts et les images du naufrage revenaient toujours dans mes cauchemars dès que je fermai les yeux. Mais j'essayai d'éviter de dormir pendant mon travail, ce serait un manque d'application et assez gênant... De sombres cernes entouraient donc mes yeux et mes cheveux ne ressemblaient à de la paille emmêlée. Soudain j'eus une maladresse et le pot de peinture tomba, je le rattrapai in extremis, mais une partie de son contenu coulait lentement part terre. je pris le pinceau et récupérai le plus possible que je remettais dans le seau, avant d'essuyer le reste avec un tissu épais.
Soudain une ombre me cacha le soleil, je me retournai avec lenteur.

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